Première condamnation pour des “mèmes” haineux en Belgique

14 Octobre 2021
Domaine d'action: Internet
Critère de discrimination: RacismeAutres critères

Une femme qui avait diffusé des vidéos et des mèmes racistes et antisémites sur les réseaux sociaux a été condamnée à une peine de prison de 6 mois avec sursis pendant une période de 3 ans et à une amende de 320 euros. Il s’agit de la première condamnation pour des mèmes haineux en Belgique. Cette décision constitue un précédent majeur dans la lutte contre la haine en ligne.

Entre mars 2019 et janvier 2020, une femme connue des services de l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace) a publié à maintes reprises des mèmes à caractère haineux sur internet. Un mème est une image ou une vidéo décalée avec une légende juxtaposée en lettres majuscules blanches publiée sur les réseaux sociaux et détournée à des fins humoristiques. Généralement comique ou ironique, il est souvent implicite et est malheureusement détourné par certains groupes extrémistes dans un but de propagande, banalisant par exemple le racisme.

L’accusée avait notamment partagé une vidéo des attaques sanglantes à la mosquée de Christchurch en Nouvelle-Zélande ; une vidéo de personnes de couleur qui se font renverser par une voiture, où elle a posté des émoticônes “fou rire” en commentaire, ou encore des mèmes d’Adolf Hitler, où on le voit en train de rire avec, en légende, le message “Look at Europe now. Miss me yet?” (“Regardez l’Europe maintenant. Je ne vous manque pas encore ?”) et une vidéo de certains de ses discours incitant à combattre les Juifs. Sur ses profils, on retrouvait aussi plusieurs symboles néonazis.

Unia s’était constitué partie civile dans cette affaire, estimant que les faits constituaient une incitation à la haine et à la violence et à du négationnisme. Le tribunal de première instance d’Anvers, division Turnhout, a reconnu les faits et a condamné cette dame à une peine de 6 mois de prison avec sursis pour une période de 3 ans et une amende de 320 euros. Unia se réjouit de cette première condamnation pour des mèmes et vidéos racistes.

“Au sein de l’extrême-droite, un glissement s’est opéré de l’activisme de terrain vers l’activisme en ligne. Ce dernier constitue une menace tout aussi importante pour l’ordre public et la cohésion sociale. Des études récentes révèlent en effet que l’activisme virtuel, notamment sur les réseaux sociaux, stimulerait au fil du temps un passage à l’acte, notamment des actes de violence à caractère raciste. La prolifération de commentaires racistes et de discours haineux entraîne une animosité accrue à l’égard de groupes ayant un passé migratoire ainsi qu’une profonde déshumanisation. Cette condamnation constitue donc un signal fort et un précédent excessivement important qui permet de combler une lacune dans la jurisprudence”, conclut Patrick Charlier, directeur d’Unia.

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