Passer au contenu

De Hotton à Liège : la romaphobie met des vies en danger

30/07/2026
  • Actualités
  • Critères raciaux

L'affaire de la fusillade à Hotton nous rappelle que les personnes Roms et Gens du voyage restent une minorité très exposée aux préjugés et à la violence. 

Il tire sur un camp de Gens du voyage puis se suicide

La nuit du dimanche 26 juillet 2026, un homme de 36 ans s’est introduit avec une camionnette dans un camp de Gens du voyage installé dans le parc industriel de Bourdon (Hotton). Selon le parquet du Luxembourg, il a tiré en direction de plusieurs caravanes et d’un véhicule. Pris en chasse par des occupants du camp, puis poursuivi par la police, il a abandonné son véhicule avant de prendre la fuite à pied. D’importants moyens ont été déployés pour le retrouver, son corps a finalement été découvert le lendemain matin dans un bois. Le médecin légiste a conclu à un suicide. 

Le décès de l’auteur met fin aux poursuites pénales. Les victimes ne pourront donc jamais obtenir qu’un tribunal se prononce sur les motivations exactes de cette attaque, qui aurait pu prendre en compte la circonstance aggravante de racisme. 

Similarités avec une affaire récente de violences à l’encontre des gens du voyage

Cette affaire rappelle inévitablement celle jugée par le tribunal correctionnel de Liège en mars 2025. Dans ce dossier, un homme avait tiré à 3 reprises en direction de caravanes de Gens du voyage installées près de Grâce-Hollogne. Une balle avait frôlé la tête d’un père de famille pour venir se loger dans la caravane où dormaient sa femme et ses 3 enfants. Le tribunal l’avait condamné pour tentative d’assassinat et retenu le mobile discriminatoire de ses actes. Le magistrat avait notamment relevé ses propos stigmatisants à l’égard des Gens du voyage ainsi que sa sympathie pour l’idéologie nazie. Unia était partie à la cause. 

Si les circonstances judiciaires diffèrent, la similarité est frappante : dans les 2 affaires, des personnes ont été prises pour cible alors qu’elles séjournaient simplement sur leur lieu de résidence. Dans les 2 cas, des familles ont été exposées à une violence potentiellement mortelle. Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large de rejet et de stigmatisation.

Un racisme encore invisibilisé

Car la situation des Roms et des Gens du voyage en Belgique reste particulièrement difficile. Ils font face à des discriminations multiples, nourries par des préjugés persistants qui les associent encore trop souvent à la délinquance ou à l’insécurité. Ces stéréotypes ne sont jamais anodins. Ils alimentent l’exclusion sociale et contribuent à créer un climat dans lequel certaines formes de rejet deviennent banales. 

À cela s’ajoute une réalité très concrète : le manque chronique de terrains adaptés. À Bruxelles, aucun terrain officiel n’est réservé aux Gens du voyage. En Wallonie, les emplacements sont peu nombreux et souvent limités à de courts séjours. Cette pénurie contraint de nombreuses familles à vivre dans une instabilité permanente et les expose régulièrement à des tensions avec les autorités locales ou les riverains. Les réactions de rejet, parfois exprimées publiquement par des citoyens ou des responsables politiques, témoignent de la difficulté persistante à reconnaître leur droit à un mode de vie différent. 

Recommandations d'Unia

Face à cette situation, Unia plaide pour une approche globale. Parmi ses principales recommandations figurent l’élaboration d'une stratégie nationale ambitieuse en faveur des Roms, la prise en compte de la romaphobie dans les politiques de lutte contre le racisme, le soutien aux organisations représentatives, le renforcement de la sensibilisation à l’histoire des persécutions subies par les Roms et les Gens du voyage, ainsi que l’application effective de la législation antidiscrimination. 

Unia insiste également sur la nécessité de garantir le droit au logement en créant davantage de terrains publics adaptés, en facilitant les projets de terrains privés et en renforçant les dispositifs de médiation. 

L’événement de Hotton doit aussi nous rappeler que la lutte contre la romaphobie ne consiste pas uniquement à sanctionner les actes les plus graves. Elle passe aussi par la remise en question des discours, des amalgames et des préjugés qui continuent de viser les Roms et les Gens du voyage. Car lorsque certains groupes sont constamment présentés comme un problème ou une menace, le risque existe que la haine cesse un jour d’être un simple discours pour devenir un passage à l’acte. 

Vous voulez en savoir plus ?

Découvrez notre dernier rapport sur la discrimination à l’égard des Roms et des Gens du voyage en Belgique.

  • Critères raciaux

Vous souhaitez recevoir notre newsletter avec nos dernières actualités ?