Rapport : le carnaval et les limites à la liberté d’expression (2019)
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Les cortèges de carnaval et les fêtes populaires regorgent (souvent) de représentations stéréotypées de minorités. Ce rapport d'Unia a pour but d’objectiver la question de la liberté d'expression et de la dissocier des émotions souvent très vives et des positions figées qui ont été adoptées.
Signalements relatif au carnaval
Il existe en Belgique une très longue tradition de cortèges de carnaval et d’autres fêtes populaires. Ils se caractérisent fréquemment par leur ironie corrosive et leur satire impitoyable. Le carnaval est synonyme d’anarchie : il semble ne plus y avoir de freins, et pendant quelques jours et en un certain endroit, on peut rire de tout et de tout le monde.
Unia reçoit chaque année des signalements en lien avec ces cortèges carnavalesques et ces fêtes populaires.
- D’une part, il y a des citoyens qui se sentent blessés par les représentations stéréotypées et (souvent) peu respectueuses de minorités et par ces comportements qu’ils jugent transgressifs.
- D’un autre côté, il y a des citoyens qui ne comprennent pas pourquoi des traditions populaires locales qui ont une longue histoire et qui sont enracinées dans le tissu local sont tout à coup remises en cause par des “tiers” et deviennent soudainement si sensibles auprès de certaines minorités.
Comme ce sont souvent les mêmes questions et préoccupations qui reviennent dans ces signalements, l’idée a mûri, au sein d’Unia, de rédiger un rapport analysant plus en profondeur aussi bien le cadre sociologique et historique du carnaval que les limites (légales) de la liberté d’expression en Belgique.
Recommandations d’Unia
Lorsque des traditions, des fêtes populaires, des carnavals, des cortèges véhiculent, ou sont susceptibles de véhiculer, des images, des représentations, des propos, des personnages qui heurtent, qui choquent ou qui inquiètent tout ou partie de certaines franges de la population, issues de minorités ou non, Unia invite :
- A instaurer et maintenir un dialogue entre toutes les parties prenantes pour apprendre à connaître et pour comprendre les sensibilités, les vulnérabilités et les positions respectives.
- A repenser et faire évoluer les traditions, fêtes populaires, carnavals et autres cortèges pour en faire des événement inclusifs et respectueux de chacun. Cela doit se faire en symbiose étroite et par les communautés locales concernées qui sont les garantes de ces événements, de leur signification symbolique et collective et ce afin de perpétuer ces traditions qui doivent rester vivantes et actuelles.
- Les écoles, les mouvements de jeunesse, le monde associatif… à travailler sur les stéréotypes dans la société et plus particulièrement dans le cadre du carnaval, des traditions et des fêtes populaires.
- Les autorités locales à agir et mener une campagne pour des fêtes, des carnavals et des cortèges inclusifs.
- A n’entamer des procédures judicaires qu’en tout dernier recours, soit lorsqu’il y a une intention manifeste et délibérée d’incitation à la haine, la violence ou la discrimination soit lorsqu’il y a des menaces réelles et concrète d’un recours à la violence. Nous n’avons pu détecter, dans aucun des dossiers dans lesquels nous avons été saisis (Carnaval d’Alost, Ducasses d’Ath et de Deux-Acren (Lessines), Carnaval de Malmédy, Grand feu de Liernu, …) des circonstances qui justifiaient une quelconque procédure judiciaire.
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