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Enseigner l’histoire coloniale avec rigueur : une exigence pour l’égalité et la citoyenneté (Carte blanche)

9/07/2026
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  • Critères raciaux

La récente controverse autour d’un document utilisé dans l’épreuve externe commune du CEB 2026 en formation historique et géographique appelle une réflexion collective dépassant largement la seule question d’un exercice d’examen. Elle touche à la manière dont notre société transmet son histoire aux jeunes générations et façonne les représentations collectives, à la responsabilité des institutions publiques dans la transmission et la légitimation de ces représentations et à la place que nous accordons à la lutte contre les stéréotypes et les discriminations.

Dans l’extrait soumis à quelque 50.000 élèves de fin de primaire, Léopold II est présenté comme "un roi entreprenant et un fin stratège". Le texte explique également que la possession de colonies répondrait à une "volonté conquérante très ancienne" et que "les pays les plus forts et les plus développés" se seraient emparés de territoires peuplés de populations "considérées comme inférieures, moins organisées et jugées incapables de se défendre".

Pris isolément, sans appareil critique, sans contextualisation explicite et sans intervention pédagogique possible dans le cadre d’un examen, ce texte soulève de nombreux problèmes. Il reprend en effet des formulations historiquement associées à des récits de justification de la colonisation, encore partagés aujourd’hui, sans donner aux élèves les outils nécessaires pour les déconstruire.

Unia estime essentiel d’aborder cette question avec sérénité mais aussi avec la fermeté qu’exigent des enjeux aussi fondamentaux que la lutte contre le racisme et le respect des nombreux élèves descendants de l’Histoire coloniale.

Un enjeu qui dépasse une simple question d’examen

Le document au centre de la controverse était proposé aux élèves dans le cadre d’un exercice de critique documentaire. Les élèves devaient déterminer pourquoi un texte consacré à l’État indépendant du Congo n’était pas pertinent pour une recherche sur la colonisation des Amériques. L’objectif d’apprentissage visé, évaluer la pertinence d’une source en fonction d’une question de recherche, est parfaitement légitime et conforme aux référentiels actuels.

Ce qui interroge aujourd’hui n’est donc pas la compétence évaluée, ni même la thématique, mais le contenu du document choisi.

L’importance fondamentale de la contextualisation

L’enseignement de l’Histoire repose sur une exigence essentielle : la contextualisation.

Un document historique peut contenir des représentations racistes, sexistes ou discriminatoires. Il peut même être utilisé précisément pour apprendre aux élèves à identifier ces représentations. Mais cela suppose que son statut soit clairement explicité, dans un cadre d’apprentissage et de réflexion précis afin que les élèves disposent des clefs de lecture nécessaires, d’autant plus à cet âge.

Or, dans le cas présent, plusieurs spécialistes ont relevé que le document n’était pas présenté comme un témoignage reflétant un point de vue colonial à analyser de manière critique. Il apparaissait plutôt comme une source informative pour un exercice dont l’évaluation portait exclusivement sur des critères géographiques et chronologiques, en se basant sur un récit de la colonisation belge encore trop répandu.

Cette distinction est importante. Lorsqu’un élève doit simplement déterminer qu’un document concerne l’Afrique centrale plutôt que "les Amériques", rien ne l’invite à interroger la manière dont ce document décrit les populations colonisées ou présente l’action de Léopold II.

Le risque est donc que certains énoncés soient perçus comme des informations validées par l’institution scolaire plutôt que comme des discours à questionner.

Une responsabilité particulière envers tous les élèves

Cette question est d’autant plus sensible que l’enseignement de l’Histoire ne produit pas uniquement des connaissances. Il contribue également à la construction du regard que les jeunes portent sur eux-mêmes et sur les autres.

Pour de nombreux élèves, notamment ceux dont les familles sont originaires du Congo, du Rwanda, du Burundi ou d’autres pays marqués par l’Histoire coloniale, ces récits ne relèvent pas uniquement d’un passé lointain. Ils touchent à une mémoire familiale, sociale et collective et des traumas encore présents dans la société belge contemporaine dont les effets néfastes sont loin d’avoir disparu.

Une démocratie mature doit être capable d’enseigner les pages complexes de son histoire, mais elle doit le faire avec précision, nuance et responsabilité. Les violences, les mécanismes de domination, les logiques raciales dans une expansion capitaliste qui ont accompagné l’entreprise coloniale belge font aujourd’hui l’objet d’un large consensus scientifique. Les présenter clairement n’est pas un acte militant ; c’est une exigence de rigueur historique. 

Préserver les avancées accomplies

Depuis plus d’une décennie, un travail considérable a été mené par les acteurs du monde académique, de l’enseignement, des institutions culturelles et de la société civile, notamment de personnes concernées, afin d’améliorer la compréhension de l’Histoire coloniale et de ses héritages contemporains. 

Ce travail a permis de développer de nouvelles ressources pédagogiques, d’enrichir les programmes scolaires et de mieux prendre en compte les conséquences durables de la colonisation sur les représentations sociales et les inégalités.
La polémique actuelle doit être considérée comme un signal d’alerte invitant à renforcer encore davantage la vigilance collective et à utiliser la production intellectuelle à disposition.

L’enjeu est de comprendre comment un document perçu par de nombreux enseignants, historiens et acteurs de terrain comme insuffisamment contextualisé et véhiculant des stéréotypes dangereux a pu se retrouver dans une épreuve officielle destinée à des élèves de 11 ou 12 ans. Unia a pris contact avec la Direction générale de l’Enseignement obligatoire afin d’éclairer les faits et que des mesures soient prises pour éviter que de telles situations ne se reproduisent.

Faire de cet épisode une opportunité

Unia considère que cette situation peut devenir une opportunité constructive.

Nous invitons les autorités éducatives à retirer cette question du document concerné, celui-ci est en effet publié sur le site de la Fédération Wallonie-Bruxelles et utilisé comme exercice les années suivantes. Nous invitons également à examiner les procédures de sélection et de validation des sources utilisées dans les évaluations externes. Nous encourageons également la reprise d’un dialogue structuré entre les responsables de l’enseignement, les spécialistes de l’Histoire coloniale et les associations engagées sur les enjeux de décolonisation, afin de dégager des actions à mettre en œuvre au sein de l’administration et du monde de l’enseignement.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le Plan de lutte contre le racisme prend fin en 2026. Unia encourage les autorités à intégrer explicitement, dans un plan futur, des mesures ambitieuses en matière d’enseignement et de formation des futurs professionnels afin de prendre en compte l’influence des héritages coloniaux sur les représentations collectives, les mécanismes de transmission des savoirs et la persistance du racisme systémique.

Ce dialogue, assorti de mesures concrètes, vise à garantir que les élèves disposent d’outils leur permettant d’exercer leur esprit critique à partir de connaissances solides et contextualisées.

L’école a pour mission de former des citoyennes et des citoyens capables de comprendre la complexité du monde, de reconnaître les mécanismes de discrimination et de construire une société fondée sur l’égalité, la dignité humaine et le respect mutuel. Une démocratie se renforce lorsqu’elle est capable de regarder son Histoire en face. Son école doit pouvoir en faire autant.

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