Retour sur l'affaire FabioW
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Ces dernières semaines, Unia a reçu plusieurs signalements concernant le titre « Praat Nederlands » du rappeur anversois FabioW. Les critiques portent notamment sur l'usage répété de l'expression « Ching Chang Chong » et sur les stéréotypes à l'égard des personnes d'origine asiatique. Lisez l'analyse et découvrez la position d'Unia.
Exposé des faits
Les signalements visent principalement l'usage répété de l'expression « Ching Chang Chong », utilisée pour caricaturer la manière de parler d'une personne présentée comme vietnamienne, ainsi que le recours à différents clichés associés aux cultures asiatiques.
Face aux critiques, la chanson a été brièvement retirée avant d'être republiée sous le titre Ching Chang Chong, puis remise en ligne sous son titre initial.
Au-delà de cette œuvre, les personnes qui ont effectué un signalement craignent une banalisation des stéréotypes visant les personnes d'origine asiatique et le sentiment persistant que le racisme qu'elles subissent reste trop souvent ignoré ou minimisé.
Une réalité pour les personnes asiatiques
Les réactions à cette chanson s'inscrivent dans un contexte bien plus large.
Pour beaucoup de personnes d'origine asiatique, l'expression « Ching Chang Chong » n'est pas une simple « blague ». Elle renvoie à une longue histoire de moqueries visant les langues, les cultures et les personnes perçues comme asiatiques. Répétée dans les cours d'école, au travail, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, elle est devenue une forme de racisme banalisé. Ce qui est supposé faire rire certaines personnes peut rappeler à d’autres qu’elles sont encore trop souvent considérées comme étrangères, ridiculisées ou réduites à leur origine réelle ou supposée.
Le racisme antiasiatique (ou asiaphobie), existe et doit être nommé, y compris lorsqu’il se dissimule derrière une chanson, une imitation ou une prétendue plaisanterie. Unia tient à reconnaître clairement cette réalité.
Cadre juridique et appréciation
La liberté d'expression est protégée par la Constitution et la Convention européenne des droits de l'Homme. Cette protection s'applique également aux propos susceptibles de choquer, de blesser ou de provoquer. L'expression artistique bénéficie à cet égard d'une protection particulière.
Cette liberté n’est toutefois pas illimitée. Mais pour qu’il y ait infraction pénale, il ne suffit pas qu’un propos soit insultant ou blessant. Il faut également démontrer qu’il incite à la discrimination, à la haine, à la ségrégation ou à la violence.
Unia constate que plusieurs passages recourent à des stéréotypes concernant les personnes d’origine asiatique et que l’expression « Ching Chang Chong » est perçue, à juste titre par de nombreuses personnes concernées, comme blessante, moqueuse et stigmatisante. Sur la base des informations disponibles, Unia ne peut toutefois pas établir que l’auteur avait l’intention d’inciter le public à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard des personnes d’origine asiatique.
Cette analyse juridique ne doit toutefois pas être confondue avec une évaluation de leur impact social. Un discours peut contribuer à entretenir des préjugés racistes sans pour autant constituer une infraction.
Conclusion
Les nombreux témoignages reçus dans le cadre de ce dossier mettent en lumière une réalité qui mérite d'être davantage reconnue : l'asiaphobie demeure largement sous-estimée dans notre société.
Parce qu'elle prend souvent la forme de blagues, d'imitations d'accent, de clichés ou de stéréotypes présentés comme anodins, elle est fréquemment reléguée au second plan. Pourtant, son impact est bien réel.
Lutter contre le racisme ne consiste pas uniquement à sanctionner les infractions les plus graves. C'est aussi remettre en question les stéréotypes, les clichés et les mécanismes qui alimentent l'exclusion au quotidien.
Enfin, Unia souhaite rappeler que son analyse n’est pas contraignante et qu’il appartient au juge compétent de prendre une décision définitive.
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