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Le racisme continue de frapper durement le monde du travail

19/03/2026
  • Communiqué de presse
  • Critères raciaux

Unia publie ses chiffres et recommandations à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Nous avons, cette année, décidé d’attirer l’attention sur le problème récurrent du racisme au travail, qui touche les citoyens avant l’embauche et dans l'exercice de leur fonction, ce qui pousse certains travailleurs vers un licenciement, une démission ou un arrêt maladie.  

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Anne Salmon

Attachée de presse

Chiffres

En 2025, Unia a reçu 2502 signalements pour des faits concernant les critères “raciaux”, c’est-à-dire la prétendue race, la couleur de peau, l’origine ethnique ou nationale, l’ascendance ou la nationalité. Ces chiffres sont en constante augmentation depuis 2022 (les chiffres d’Unia sont par ailleurs en augmentation depuis 2024, tous critères confondus).

757 dossiers ont été ouverts concernant les critères raciaux en 2025, soit plus de 2 dossiers par jour. Ce sont les critères les plus invoqués (comme chaque année) : ils représentent 31% des dossiers.  

Depuis 2023, le domaine le plus concerné est celui du travail (26% des dossiers en 2025) où l’on constate des signalements à toutes les étapes de la vie professionnelle : par exemple des discriminations à l’embauche en raison de la couleur de peau (comme l’emblématique affaire qui concernait la discrimination multiple d’une des requérantes d’Unia : Témoignages), du harcèlement par des collègues en raison de son origine ou un licenciement pour cause de coupe afro jugée « non professionnelle » par des clients.  

Le domaine du travail est suivi par celui de la vie en société (22%), c’est-à-dire des faits qui se passent dans l’espace public, dans les transports publics, entre voisins, en famille, …  Par exemple les violences racistes de hooligans à Molenbeek pour lesquelles Unia avait spontanément ouvert un dossier. Viennent ensuite les biens et services (18%), comme le refus d'octroi de logement, par exemple. 

Les domaines de la vie en société et des médias ont augmenté significativement, pour ce dernier, notamment à cause des propos racistes sur Internet.  

Différentes formes de racisme

  • À la suite de l’attentat antisémite devant la synagogue de Liège, le 9 mars dernier, Unia avait communiqué ses chiffres concernant l’antisémitisme, particulièrement hauts depuis 2 ans avec 70 dossiers en 2025 : Les chiffres de l'antisémitisme en 2025 : Persistance d’un taux très élevé de signalements et de dossiers.
  • Le racisme à l’égard des personnes afrodescendantes concerne 131 dossiers en 2025. Les domaines où cette forme spécifique de racisme est la plus fréquente reste celui du travail, comme dans l’affaire de l’aide-ménagère agressée à Malines : Violente agression raciste d’une aide-ménagère à Malines : Unia et la victime gagnent le procès, suivi de celui de la vie en société, des biens et services et des médias.
  • Le racisme antimusulman concerne 104 dossiers en 2025, enregistrés soit sous le critère de la conviction religieuse (musulmane), soit sous les critères “raciaux” (soit les deux).
  • Ces 104 dossiers concernent uniquement des cas pour lesquels une haine antimusulmane a clairement pu être identifiée. Ils sont à distinguer d'autres dossiers qui concernent uniquement des litiges impliquant la "conviction religieuse" comme l'interdiction de signes convictionnels par un règlement de travail, par exemple (91% des dossiers du critère “confession religieuse” concernent la religion musulmane).
  • A côté de ces dossiers, 101 dossiers ont été ouverts pour des situations de racisme à l'égard de personnes d'origine nord-africaine ou arabe, sans que la confession religieuse soit explicitement mentionnée. Le domaine du travail est encore le plus important, suivi par les médias, la vie en société, l’enseignement et les biens et services.
  • Unia sortira un rapport spécifique concernant les personnes Roms et les Gens du voyage, le 8 avril prochain.  

Inégalités sur le marché de l’emploi

L’année 2025 a été marquée par d’importantes réformes (ou projets de réforme) de l’emploi, du chômage et des pensions. Unia souhaiterait rappeler qu'une attention particulière doit être apportée aux personnes victimes de discrimination en général et de racisme en particulier, pour qui la recherche ou le maintien d’un emploi sont plus difficiles. 

  • Nous constatons une surreprésentation des personnes d’origine étrangère dans le chômage de longue durée et des périodes de recherche d’emploi plus longues. La limitation des allocations à 2 ans touche donc davantage ces groupes déjà confrontés à des difficultés structurelles d’insertion sur le marché de l’emploi.
  • De nombreuses études et les chiffres d’Unia démontrent la persistance de discriminations structurelles liées au nom, à l’origine, à la couleur de peau ou à la confession religieuse qui compliquent l’accès à l’emploi. Selon une étude anversoise (NL), les personnes d’origine étrangère ont 10 % de chances en moins d’obtenir une réponse positive et 19 % de chances en moins d’être invitées à un entretien. Une autre étude bruxelloise montre que les candidats d’origine marocaine ont 10 points de pourcentage en moins de recevoir une réponse favorable à une recherche d’emploi. Voir notre communiqué du 17 juin à ce sujet : Unia appelle au déploiement de politiques ambitieuses contre les discriminations en parallèle à la réforme du chômage.
  • La reconnaissance moindre en Belgique des diplômes obtenus à l’étranger, oblige souvent leurs détenteurs à exercer des métiers pour lesquels ils sont surqualifiés et pas rémunérés à leur juste valeur.  

Ces différents éléments engendrent une concentration des personnes “racisées” dans des secteurs plus précaires, comme l’intérim, la logistique ou le nettoyage. Ces secteurs sont par ailleurs plus sensibles aux crises économiques, les contrats y sont plus souvent temporaires, ce qui pénalise également le montant des allocations de chômage. 

Pour Unia, il est urgent de renforcer la lutte contre les discriminations au travail. Ceci passe par le renforcement des services d’inspection et des tests de discrimination, d’une part, et par la mise en place de politiques ambitieuses en termes de prévention des discriminations et du harcèlement au travail, d’autre part.

Unia est également favorable aux actions positives pour pallier les inégalités structurelles à l’embauche dans les secteurs privé et public. 

Malheureusement, pour Unia, en termes de racisme, les années se suivent et se ressemblent. Le secteur de l’emploi est particulièrement touché. Être dans une situation professionnelle précaire est souvent le début d’une série d’autres obstacles de la vie quotidienne. On ne peut dès lors pas réformer le monde du travail sans prendre en considération le racisme dont certains de nos concitoyens sont victimes, que ce soit à l’embauche ou durant leur travail, les poussant parfois à la démission ou menant à des licenciements abusifs.
Patrick Charlier, Directeur d’Unia
  • Critères raciaux

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