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Qu'est-ce que la discrimination due aux inégalités numériques ?

La digitalisation de notre société progresse de plus en plus rapidement, tant dans les services publics que privés. Les guichets physiques disparaissent, ce qui empêche tout contact humain pour obtenir de l’aide et crée ce que l’on appelle des inégalités numériques. En effet, beaucoup de personnes ne peuvent pas suivre. Parfois parce qu'elles n'ont pas les moyens de se payer certains outils numériques ou l’abonnement lié à leur utilisation, parfois parce qu'elles ne savent pas comment les utiliser.

Les inégalités numériques se manifestent de 3 manières :

  • Les inégalités d’accès aux technologies numériques  : le fait de disposer ou non des équipements technologiques (smartphone, ordinateur, tablette...) ou d’un accès à internet.
  • Les inégalités d’usage des technologies numériques : le fait de disposer ou non des compétences nécessaires pour maitriser et utiliser les technologies numériques.
  • Les implications sociales de ces inégalités d’accès et d’usage : le fait que tout le monde n’est pas en mesure de profiter des opportunités offertes par les technologies numériques dans différents domaines de la vie sociale tels que l’enseignement, l’emploi, les contacts avec les autorités et services publics.

Développer les services numériques sans tenir compte des personnes qui ne sont pas en mesure de les utiliser constitue une forme de discrimination indirecte : tout le monde semble avoir le même accès, mais en pratique, certaines personnes sont désavantagées.

Bon à savoir : nous préférons ne pas utiliser le terme "fracture numérique", qui suggère qu'il y aurait une coupure entre deux groupes qui s'opposent, ce qui n’est pas le cas. Tout le monde peut être confronté à un moment donné à des difficultés avec les outils et les pratiques numériques.

Que nous apprennent les signalements sur les inégalités numériques ?

La digitalisation exclut une partie de la population, mais cela ne se traduit pas dans les signalements que nous recevons chez Unia. Il est probable que les personnes qui en sont victimes n’identifient pas les inégalités numériques comme une forme potentielle de discrimination et ne pensent donc pas à nous contacter.

Les signalements que nous recevons concernent à la fois les services publics et privés et différents domaines :

  • magasins
  • transports
  • banques et assurances
  • soins de santé et soins personnels
  • hôtels et restaurants
  • activités socioculturelles
  • médias
  • protection sociale
  • emploi
  • enseignement

Les faits signalés concernent des critères protégés tels que l'âge, le handicap, la santé, la fortune (capacité financière), l'origine ou la condition sociale, la langue ou l'origine nationale, la nationalité et le genre. Ils peuvent également concerner des situations multidimensionnelles, où les critères se superposent jusqu'à parfois devenir indissociables. 

Exemples

  • Âge : les personnes âgées ont parfois du mal à s'adapter à la disparition des guichets de banque ou à effectuer des opérations bancaires en ligne. La digitalisation a également un impact sur leur autonomie.
  • Handicap : les personnes en situation de handicap rencontrent parfois des difficultés pour acheter des billets de transport par voie numérique. L'accès et l'utilisation des bornes automatiques étant difficiles, elles sont contraintes d’acheter leur ticket dans le train, à un tarif plus élevé.
  • Santé : chez certains médecins, la prise ou l’annulation de rendez-vous ne peut se faire qu'en ligne ou par courrier électronique, ce qui peut être particulièrement complexe pour certaines personnes.
  • Fortune : les magasins refusent de plus en plus l'argent liquide. Les personnes précarisées qui ne disposent pas d'applications de paiement numérique en sont les premières victimes.
  • Condition ou origine sociale : dans certains CPAS, les rendez-vous doivent se prendre uniquement par courrier électronique et non plus par téléphone ou à la réception. Les personnes analphabètes ou illettrées ne savent plus comment faire pour demander de l'aide.
  • Langue et origine nationale : la disparition des guichets physiques défavorise les personnes qui ne parlent pas bien la langue. Il leur est très difficile d'expliquer des problèmes administratifs par e-mail ou par d'autres applications numériques.

Que fait Unia contre la discrimination due aux inégalités numériques ?

L'un des 5 objectifs de notre plan stratégique 2023-2027 vise à renforcer l'inclusion et la démocratie dans une société numérisée. Pour atteindre cet objectif stratégique, nous nous attaquons aux inégalités numériques de différentes manières :

Unia aide les requérants

Vous êtes victime d'inégalité numérique ? Signalez-le à Unia. Nous verrons si nous pouvons ouvrir un dossier et essayerons de trouver la meilleure solution avec vous.

Unia cherche une solution

Lorsqu'Unia ouvre un dossier, nous essayons toujours d'abord de nous asseoir autour de la table avec toutes les parties concernées pour parvenir à une solution négociée. Nous avons par exemple obtenu des résultats concluants dans les situations suivantes :

  • Rendez-vous médicaux par internet : un couple âgé de 82 et 85 ans appelle un hôpital pour prendre rendez-vous. Le personnel leur demande d'envoyer un e-mail ou une lettre, mais ils n'y arrivent pas. Unia a pu obtenir une solution alternative.
  • Devoirs en ligne : un étudiant ne peut pas faire ses devoirs parce qu'il n'a pas d'ordinateur à la maison. Les devoirs doivent être faits sur une plateforme en ligne. Unia a contacté l'école pour trouver une solution.

Nous avons aussi contacté une chaîne de supermarchés qui propose les réductions exclusivement via une carte de fidélité numérique et refuse d’adapter sa politique de réductions. En collaboration avec Testachats, Unia a rencontré Comeos, la fédération belge du commerce.

Unia pèse sur le politique

Nous consultons également les ministres et leurs cabinets pour veiller à ce que les alternatives physiques (guichets, permanences téléphoniques, courrier) restent garanties à côté des canaux numériques.

Unia saisit la Cour constitutionnelle

Unia est intervenu à la procédure devant la Cour constitutionnelle introduite le 19 août 2024 par 24 associations de la société civile bruxelloise contre l'ordonnance Bruxelles Numérique. Cette ordonnance visait à rendre les administrations communales et régionales accessibles en ligne. Mais l'article 13 de l'ordonnance ouvrait la voie au passage des administrations publiques au tout numérique. Le 25 septembre 2025, la Cour a décidé qu'en plus de l'offre numérique, 3 alternatives physiques devaient être garanties : guichet, permanence téléphonique et courrier postal.

Unia et Testachats attaquent la SNCB en justice

En juillet 2024, l'organisation de consommateurs Testachats et Unia ont attaqué la SNCB pour sa politique tarifaire. En effet, certains billets étaient plus chers au guichet ou au distributeur que via l'application. Par ailleurs, d'autres billets n’étaient disponibles que via l'application. Comme la SNCB n'était pas disposée à adapter sa politique tarifaire, nous avons intenté une action en justice contre elle en septembre 2024. En octobre 2025, la SNCB a adopté de nouveaux tarifs qui répondent partiellement à nos demandes, mais l'abonnement Flex n'est toujours disponible que sous forme numérique.

Unia rédige des avis

Suite aux signalements que nous avons reçus, nous avons rédigé des avis demandant que des alternatives au numérique soient prévues :

Nous avons rédigé des avis sur certaines propositions de loi et de résolution :

En février 2023, nous avons également rédigé un avis sur l'impact de la digitalisation des services (publics ou privés) et l'impact de la digitalisation des services (publics ou privés) sur les publics en situation d’analphabétisme ou d’illettrisme.

Unia soutient le dépôt d'une plainte collective auprès du Comité européen des droits sociaux

Unia et le Service de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale collaborent avec les organisations Lire & Écrire et la Ligue des droits humains dans le cadre d'une plainte collective contre la Belgique auprès du Comité européen des droits sociaux (CEDS) pour inégalité numérique. Dans ce cadre, en 2025, nous avons recueilli plus de 300 témoignages d'exclusion structurelle auprès d'associations, de CPAS et de citoyens. Il est prévu de déposer la plainte d'ici fin 2026.

Quelles sont les recommandations d'Unia ?

  • Garantir légalement l’obligation de mettre en place des modalités différenciées d’accès aux services publics et d’intérêt général, et de manière plus large aux services privés, afin de prévenir toute situation où une démarche ne pourrait se faire que via la voie numérique.
  • Élaborer un cadre légal qui garantisse :
    • des alternatives physiques accessibles à tous
    • des tarifs identiques pour les alternatives non numériques
    • le maintien de guichets physiques accessibles (et clairement identifiables), de permanences téléphoniques, d’échanges postaux
    • l’accompagnement des usagers rencontrant des difficultés dans leurs démarches
    • des alternatives aux paiements dématérialisés, en maintenant la possibilité de régler en cash
  • Améliorer l’accès au numérique :
    • Faciliter la mise à disposition d’outils numériques, l’accès à internet et le soutien à l’acquisition des compétences digitales pour les publics en difficulté.
    • Uniformiser les procédures digitales et l’ergonomie des services numériques.
    • Simplifier le langage utilisé et instaurer un identifiant unique pour accéder à l’ensemble des services publics.
    • Prendre toutes les mesures appropriées pour garantir l’accessibilité des services numériques, qu’ils relèvent d’un service public ou privé, pour les personnes en situation de handicap.
    • Veiller au respect strict de l’application de la Directive (UE) 2016/2102 sur l’accessibilité des sites internet et des applications et procéder périodiquement à l’évaluation des lois en la matière.
  • Favoriser le soutien et le dialogue sur les difficultés d’accès au numérique :
    • Sensibiliser et former les fonctionnaires des services publics et les travailleurs sociaux aux difficultés rencontrées par certains publics dans leur usage des outils digitaux.
    • Mettre en place des procédures permettant aux usagers de pouvoir facilement déposer un signalement ou porter plainte.
    • Créer un organisme indépendant ayant pour mission de collecter les plaintes des utilisateurs de plateformes digitales, de faire respecter les normes et de faire évoluer les pratiques.
  • Tenir compte de la réalité des groupes vulnérables :
    • Procéder à une évaluation systématique de l’impact potentiel sur les groupes vulnérables des nouvelles politiques digitales ou de nouveaux dispositifs numériques et ce, dès leur conception. Un dispositif qui conviendra aux groupes les plus vulnérables de notre société conviendra à l’ensemble de la société.
    • Impliquer les personnes vulnérables et les organisations qui les représentent aux réflexions relatives aux dispositifs digitaux.

Pourquoi l'inégalité numérique est-elle une priorité pour Unia ?

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La digitalisation de notre société n’est pas sans conséquences sur les droits des personnes les plus fragiles. Certaines situations peuvent être discriminatoires. Unia a analysé les bouleversements en cours au regard de la législation anti-discrimination et publié un avis sur ce phénomène en collaboration avec le Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale.  Le cadre légal doit être amélioré. 

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