Vote des personnes en situation de handicap : les mentalités évoluent, mais des obstacles persistent encore

25 Mai 2020
Domaine d'action: Vie en société
Critère de discrimination: Handicap

Trop de personnes avec un handicap intellectuel ou des troubles psychiques n’arrivent toujours pas à exercer pleinement leur droit de vote. C’est ce qui ressort d’une recherche faite par Unia dans la foulée des élections de 2018 et 2019. 

Unia est allé à la rencontre des personnes elles-mêmes, des professionnels et des familles. Son rapport, qui sort un an après les élections, met le doigt sur les obstacles rencontrés par chacun et souligne le rôle essentiel de la famille et des professionnels dans la participation citoyenne des personnes en situation de handicap. Avant tout, le rapport rappelle à quel point le vote est un facteur incontournable d’inclusion et d’égalité des droits. 

« Durant des années, on leur a dit qu'ils étaient malades, que rien n'était possible pour eux », explique Lisa, professionnelle dans une maison de soins psychiatriques. « Le vote est une manière fantastique de dire ‘votre voix compte, la société attend que vous vous engagiez’. »

« Je suis une personne handicapée et le droit de vote, je le prends ! Ça me donne l’impression d’être perçu comme une personne normale. En fait, je veux voter comme une personne normale. Je vote comme tout le monde, il n’y a pas de différence. Je ne supporterais pas qu’on me le refuse. J’ai toujours voté. » 

(Fabrice, bénéficiaire d’un Service de Logement Supervisé)  

Unia a interrogé, entre autres, des directeurs d’institutions, des médecins, des éducateurs, des assistants sociaux, des juges de paix ainsi que des chefs de service d’hôpitaux psychiatriques. Ils nous ont confirmé que les mentalités face au droit de vote changent, ou en tout cas, doivent changer. Malgré les limites de moyens et de personnel, certains mènent des efforts considérables pour informer, expliquer, vulgariser, accompagner et aider les électeurs en situation de handicap à exercer leur droit de vote.  

« Et les efforts paient : au plus d’actions sont organisées autour des élections, au plus de personnes vont voter. Ainsi, on se rapproche d’une société inclusive où chacun participe », se réjouit Patrick Charlier, directeur d’Unia.  

Des familles engagées  

Les parents peuvent aussi encourager fortement l’intérêt et la motivation des électeurs en situation de handicap. « On a toujours tiré notre fils vers le haut. Quand il a eu 18 ans, c’était évident que Karl irait voter », témoigne Cynthia.    

Certains parents rappellent, eux aussi, avant tout que le vote est un facteur d’inclusion de la personne. « Il faut qu’ils votent et qu’ils prennent leur place », ajoute Raymond, un père.

« En votant, on garde notre droit démocratique, notre droit de parler, notre droit de vivre quoi. Il faut que nous aussi on s’exprime quoi

(Pierre, logé par un Service de Logements Supervisés) 

D’autres parents valorisent le rôle social du vote, comme Danielle : « C’est un moment chaleureux pour ma fille Odile. Ce qui compte, c’est la sociabilisation que cela représente, plus que la question de la représentation politique. »  

« Depuis que j’étais gamin, j’avais été sensibilisé à l’importance de prendre part dans la vie sociale ! Et de le voir refusé, c’était dur ! C’était une frustration ! Aujourd’hui, je vote à nouveau, je me sens à nouveau un citoyen comme les autres »

(Mike, ancien résident d’une Initiative d’Habitations Protégées)  

Des obstacles persistent

« Les proches et les professionnels ont leur rôle à jouer, mais ce ne sont pas les seuls acteurs concernés », précise Patrick Charlier. « Avant tout, la société doit mettre en avant et considérer les capacités des personnes en situation de handicap. Les milieux de vie doivent continuer à sensibiliser leur personnel à l’importance du droit de vote et à mettre à disposition du personnel et des familles les outils et le temps nécessaires dans la préparation au vote. Les pouvoirs publics doivent quant à eux proposer des informations compréhensibles, des outils accessibles et des conditions de vote optimales, de même que doivent être développées des modalités alternatives de vote. »   

« On nous prend pour des gamins mais on n’est plus des gamins, on est des adultes. Même si on ne sait pas lire ni écrire. Voter, c’est une manière d’être entendu, de se sentir adulte. »   

(Mathieu, logé par un Service Résidentiel pour Adultes Handicapés)  

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