Des tests PCR gratuits : oui, mais pour qui?

4 Juin 2021
Domaine d'action: Biens et services
Critère de discrimination: ÂgeAutres critères

Des tests PCR gratuits uniquement pour les personnes « qui n’ont pas pu » se faire vacciner ouvre la porte à des discriminations indirectes et à des violations de la vie privée des citoyens. Unia s’inquiète que de telles mesures ne soient pas prises en concertation avec la société civile et des experts.

Alors que la campagne vaccinale n’est pas terminée mais que l’on nous annonce un certificat vert pour le 1er juillet (et valable un an). Alors que nos fenêtres s’ouvrent plus grand à mesure que notre envie de sortir, de prendre les transports, de rencontrer nos amis augmentent, des propositions destinées à limiter l’épidémie de manière complémentaire à la campagne vaccinale voient le jour. Et parmi celles-ci le fait de réserver une éventuelle gratuité du test PCR aux jeunes ou aux personnes « qui n’ont pas pu » se faire vacciner parce qu'on ne leur a pas encore offert la possibilité de le faire. Et non pas aux personnes « qui n’ont pas voulu » de la vaccination. 

Risques de discrimination indirecte 

Cette différence de traitement fondée sur « la volonté vaccinale » pose question. Car derrière tous les refus vaccinaux se cachent aussi ceux motivés par l’état de santé ou les convictions. Ou par une difficulté à accéder au vaccin pour certaines personnes en situation précaire.

Dans ce contexte, réserver la gratuité du PCR aux personnes « qui n’ont pas pu » se faire vacciner, pourrait désavantager de manière indirecte des groupes protégés par les dispositions visant à lutter contre les discriminations. Elle pourrait donc constituer une forme de discrimination indirecte.

Vie privée et liberté convictionnelle 

Enfin, si seules les personnes ayant refusé la vaccination doivent payer leur test PCR, on peut supposer que le personnel du centre de testing aura accès à leurs raisons du refus vaccinal, ou du moins à une banque de données distinguant les refus jugés légitimes et les autres. Ce type de dispositif, s’il existe, questionne les plus attentifs aux principes de protection de la vie privée ou aux principes de liberté convictionnelle. 

Encore une fois, Unia s’inquiète. Ces mesures destinées à lutter contre l’épidémie sont envisagées sans une consultation de la société civile et d’experts susceptibles de contribuer à une prise de décision délicate mais devant néanmoins être balisée par nos engagements en termes de droits fondamentaux. 

En outre, ce type de mesures laisse supposer que le chemin vers plus de liberté dans un contexte pandémique ne dépend que d’un comportement individuel solidaire ou non. Elles ne dédouanent personne d’une réflexion sur des protocoles covid-safe pour les lieux rassemblant du public (transports, restaurants…), d’une campagne vaccinale encore plus accessible voire de la gratuité généralisée des tests PCR nécessaire à baliser notre envie de liberté. Quitte même à limiter cette gratuité à un certain nombre de PCR sur l’année.

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