Unia plaide pour un folklore super-diversifié

23 Octobre 2019
Domaine d'action: Vie en société
Critère de discrimination: Racisme

Unia plaide en faveur d'un regard plus inclusif sur les événements folkloriques et le patrimoine immatériel tels que le carnaval. Les organisateurs et les partenaires locaux peuvent jouer un rôle important à cet égard. C'est l'une des recommandations formulées par Unia dans un rapport publié à l'issue du débat sur le char antisémite d'Alost.

Le nouveau rapport sera envoyé, entre autres, à l'UNESCO. "Ce rapport est donc plus qu'une analyse juridique. Nous rappelons les origines du carnaval. Et nous ne voulons pas éluder une discussion plus large : à savoir, comment intégrer les anciennes coutumes et traditions populaires dans notre société extrêmement diverse contemporaine ? Si on y parvient, le carnaval pourrait devenir une fête où tout le monde y trouve son compte", dit Patrick Charlier, directeur d'Unia. 

Se parler est un début  

Dans cet esprit, Unia suggère que le dialogue et la sensibilisation aient la priorité. "Ce qui est blessant pour une personne est considéré comme du folklore pour une autre. Or, l’on ne peut concilier les sensibilités de chacun par la loi. Il faut se parler pour prendre en compte les sentiments de l’autre et apprendre à regarder à travers ses yeux."

C’est ainsi qu’Unia a organisé des discussions entre le Forum des Organisations juives et un groupe de carnavalistes alostois. "Sans le vouloir, leur char, qui véhiculait des stéréotypes antisémites, rappelle la propagande nazie. Nous comprenons que cette association a choqué beaucoup de gens. Nous venions d'un conflit très polarisé. Les deux parties connaissent maintenant le point de vue et le contexte de l'autre partie. Le fait de se parler ne garantit pas que les stéréotypes ne réapparaîtront plus jamais, mais c'est un début."

Pour les carnavalistes, la liberté d'expression implique que l’on peut se moquer de tout et de tous. Inversement, cette liberté signifie aussi que si le débat s'anime il faut être capable de faire face aux critiques.

Dans le même temps, Unia s'inquiète de la tournure que prend la question du carnaval. "Même les caricatures qui frappent fortement les esprits de manière non intentionnelle ne devraient pas entraîner de menaces. Les réactions très dures émanant d’un peu partout que les carnavalistes du groupe ont reçues les ont beaucoup affectés", ajoute Patrick Charlier. 

Les écoles, les mouvements de jeunesse, le monde associatif ont également un rôle à jouer pour rendre les cortèges et les fêtes populaires plus inclusifs. Ils peuvent travailler sur les stéréotypes qui conduisent aux préjugés, qui à leur tour peuvent causer de la discrimination. Les autorités locales peuvent mener des campagnes pour encourager les organiseurs de fêtes populaires à tenir compte du contexte de chacun. 

L’esprit du temps doit changer 

Par les médias sociaux, les images des cortèges et des fêtes atteignent un public de plus en plus large et sont parfois sorties de leur contexte. De plus, les traditions n'étaient pas remises en question dans le passé, ce qui est le cas à présent, observe Unia.  "En soi, c'est une bonne chose. Les événements folkloriques peuvent évoluer en fonction de l'évolution des opinions et de nouvelles perspectives. C'est ainsi que la fête pourra l’être pour tout le monde", poursuit Patrick Charlier.

Que dit la loi ? 

Le rapport d'Unia aborde également le contexte juridique. "Nous avons analysé les signalements sur base de la législation en vigueur. Selon nous, - certainement dans le contexte très spécifique du carnaval - il n'y avait pas d'incitation consciente à la haine, à la discrimination ou à la violence contre les Juifs. En outre, les idées racistes n'ont pas été délibérément diffusées et il n'était pas question d'insulter volontairement les individus. Par ailleurs, les carnavalistes n'ont pas violé la loi sur le négationnisme. Le char ne faisait aucune référence au nazisme ou à la Shoah", telle est la conclusion juridique du rapport. 

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