Le taux d’emploi des personnes d’origine étrangère s’améliore mais reste à la traîne

11 Mars 2020
Domaine d'action: Emploi
Critère de discrimination: Racisme

À ce rythme, il faudra encore des décennies avant que les personnes d’origine étrangère puissent bénéficier des mêmes chances de décrocher un emploi que les personnes d’origine belge. C’est la conclusion que tire Unia du nouveau Monitoring socio-économique publié conjointement avec le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale. "Même avec un diplôme équivalent, les personnes d’origine étrangère ont moins de chance de trouver un emploi."

Davantage de personnes d'origine étrangère travaillent aujourd'hui (3,6 points de pourcentage de plus en 2016 qu'en 2008). "Cependant, elles ont toujours moins de chances de trouver un emploi que leurs compatriotes d'origine belge", déclare le directeur d'Unia, Patrick Charlier. Une discrimination structurelle des demandeurs d'emploi d'origine étrangère existe sur le marché du travail belge.

"Unia constate que seulement 46,5 % des personnes d'origine maghrébine ont un emploi, contre 73,7 % des personnes d'origine belge. Les personnes originaires du Proche/Moyen-Orient sont encore plus mal loties avec 33,6 %. Pour ces dernières, cela peut s'expliquer en grande partie par le fait qu'il y a davantage de nouveaux arrivants qui cherchent encore leur place sur le marché du travail", analyse Patrick Charlier.

Un diplôme

L'idée circule qu'un diplôme offre une meilleure perspective sur le marché du travail belge. "C'est particulièrement vrai pour les personnes d'origine belge. Avec n'importe quel diplôme, elles peuvent obtenir un emploi bien rémunéré. Dans le cas des personnes non originaires de l’Union européenne, la situation est plus nuancée. Leur diplôme les aide à trouver un emploi bien rémunéré uniquement dans le secteur dans lequel elles sont spécialisées."

"Les personnes d'origine étrangère titulaires d'un diplôme ne bénéficient pas ou beaucoup moins de l'effet qu'un diplôme peut avoir", remarque Patrick Charlier. Cette édition du Monitoring socio-économique le met également en évidence : un diplôme n'est pas toujours la clé pour empocher un emploi. Un candidat hautement qualifié d'origine étrangère a encore toujours relativement moins de chances d'obtenir un emploi qu'un candidat d’origine belge ayant le même diplôme.  

Nous n’ignorons pas qu'il existe des différences sur le marché du travail entre personnes d'origine belge et d'origine étrangère, mais le fait que même un diplôme ne fait que très peu de différence reste préoccupant", déclare Patrick Charlier.  

Être jeune et trouver du travail

Les jeunes d'origine étrangère trouvent beaucoup moins vite du travail que leurs pairs d'origine belge. L'analyse des données montre que les jeunes d’origine belges trouvent leur premier emploi dans un délai d'environ 3 mois. Pour les jeunes d'origine maghrébine, cela peut prendre trois fois plus de temps. Ce délai monte à plus d’un an pour les jeunes issus du Proche/Moyen-Orient. "Cette situation est alarmante car c'est ainsi que le fossé se crée dès le début de la carrière."

Discrimination structurelle et ethno-stratification

Nous analysons le marché du travail depuis 2013. Nous avons commencé par analyser les situations désavantageuses sur base de l'origine, de l'âge et du sexe. Nous avons ensuite pris en compte les diplômes et les domaines d'études. Plus nous disposons d'informations, plus cela devient clair : c'est la discrimination structurelle qui réduit les possibilités d'emploi en Belgique et divise notre marché du travail en plusieurs couches. Les personnes d'origine étrangère occupent plus souvent des emplois mal payés et précaires. Les meilleurs emplois sont occupés par des travailleurs d'origine belge.

Prendre des mesures

En 2019, l'OCDE a mis en garde notre pays sur le fait que le faible taux d'emploi général pourrait compromettre notre prospérité. Le Monitoring socioéconomique souligne des avancées positives, avec la hausse des taux d'emploi, la baisse des taux de chômage et des taux d'inactivité, mais les progrès sont trop lents. Tous les ministres concernés doivent se concerter pour accroître les possibilités d'emploi des personnes d'origine étrangère. Les employeurs doivent pouvoir mettre en œuvre une politique de recrutement temporaire destinée à ce groupe. Aujourd'hui, ils mettent en avant la charge administrative et le manque de clarté que cela implique. Dans leur rapport, le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale et Unia se penchent aussi sur d’autres mesures à prendre.

Le taux d’emploi des personnes d’origine étrangère s’améliore mais reste à la traîne

Plus généralement sur le Monitoring

Il est rare en Belgique qu'autant de données différentes soient combinées et facilement accessibles. Vous voulez par exemple savoir combien de femmes d'origine subsaharienne travaillent dans le secteur des assurances en Wallonie ? Vous avez la réponse en quelques clics. Vous pouvez combiner l'origine avec l'âge, le secteur, le diplôme, etc. et ainsi avoir rapidement une idée précise de la composition de notre marché du travail.

Lire le rapport complet :

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