Les autorités doivent en faire plus pour les personnes en situation de handicap, selon le nouveau rapport d’Unia

3 Décembre 2021
Domaine d'action: Tous les domaines
Critère de discrimination: Handicap

Il reste un long chemin à parcourir pour que les personnes en situation de  handicap aient une véritable place dans une société inclusive. Telle est la conclusion du dernier rapport d’Unia sur le respect des droits des personnes handicapées, publié aujourd’hui à l’occasion de  la Journée internationale des personnes handicapées. « Il est temps que les autorités tiennent leurs promesses », souligne Patrick Charlier, directeur d’Unia.

Balayer les idées préconçues : 80% de personnes vivent avec un handicap invisible  

Une personne en chaise roulante est généralement la première image qui vient à l’esprit lorsque l’on parle de handicap. Et pourtant, 80% de personnes vivent avec un handicap invisible : dyslexie, troubles liés à un AVC, trouble du spectre de l'autisme ou encore maladie chronique ou de longue durée comme le diabète, l’épilepsie ou la dépression ne sont que quelques exemples.

« C’est une réalité encore méconnue en Belgique, qui révèle que nous serons toutes et tous un jour confrontés de près ou de loin à une situation de handicap », souligne Patrick Charlier.

Le rapport souligne la nécessité de prendre des mesures pour modifier cette image tronquée du handicap au sein de la société. Les préjugés constituent le premier frein à une pleine inclusion.

Trop d’intégration, pas assez d’inclusion

L’intégration implique la nécessité pour la personne handicapée de s’adapter à un système - réputé « normal » - pour pouvoir participer à la vie sociale, alors que dans le cas de l’inclusion, c’est la société qui s’adapte pour que chacun·e puisse y participer et ce, à tous les niveaux (logement, santé, enseignement, emploi, transports ou encore loisirs). L’inclusion profite à tous, et pas seulement à un groupe souvent considéré comme à part, celui des « personnes handicapées ».       

Le rapport d’Unia rappelle que les différentes autorités belges n’ont toujours pas mis leur cadre légal en conformité avec la Convention ONU, même si en avril dernier, un article 22ter a été inséré dans la Constitution belge, où le législateur a délibérément choisi d’utiliser les termes « inclusion » et « personnes en situation de handicap » plutôt que « intégration » et « personne handicapée ».

Les coûts de l’inclusion pèsent sur la personne quand la société n’est pas inclusive

Plusieurs enquêtes d’Unia avait  déjà montré combien le fait d’essayer de vivre de manière autonome coûte cher. Avoir une vie sociale et culturelle est un luxe, se déplacer est un parcours du combattant et aller à l’école ordinaire entraîne pour les familles des coûts supplémentaires pour combler le manque d’accompagnement. Trouver et garder un travail est semé d’embûches et les logements sociaux adaptés manquent cruellement. La personne handicapée mène un combat perpétuel pour faire valoir ses droits, avec les coûts psychologiques et physiques qui en découlent. 

« C’est aux autorités de prendre la responsabilité de l’inclusion, qui ne doit pas peser si lourdement sur la personne en situation de handicap », estime Patrick Charlier.

Certes, des mesures sont prises pour revaloriser les allocations pour personnes handicapées, mais pour l’instant, elles ne leur permettent pas d’avoir un niveau de vie décent.        

Aussi, Unia enjoint les autorités à développer des actions dans tous les domaines et à tout niveau de compétences en tenant sérieusement les promesses qu’elles ont formulées, notamment dans le plan d’action fédéral handicap adopté par le Conseil des ministres le 16 juillet dernier. Ce dernier ne mobilisant que les compétences fédérales, Unia plaide depuis longtemps pour l’organisation d’une conférence interministérielle du handicap afin que les politiques soient coordonnées par l’ensemble des autorités concernées.

Des budgets pour une réelle autonomie de vie

Unia déplore enfin que les diverses autorités continuent à adopter une vision institutionnelle pour   les lieux de vie des personnes handicapées et à investir considérablement dans de nouvelles institutions, au détriment des services de support à l’inclusion.

Unia recommande de dégager les budgets nécessaires pour renforcer les services de support à l’inclusion, l’assistance personnelle et les logements inclusifs, avec un plan d’action et un calendrier concret.

« Il est temps que les autorités adoptent une vision véritablement inclusive qui mette concrètement en œuvre l’engagement de la Constitution et l’interdiction de discriminer, pour conduire à des modifications législatives adéquates et de véritables politiques inclusives dans tous les domaines de notre société », conclut Patrick Charlier, directeur d’Unia. 

Tous les quatre ans, les États qui ont ratifié la Convention ONU relative aux droits des personnes handicapées sont évalués par l'ONU. La deuxième évaluation de la Belgique est en cours. L’État belge a remis son rapport à l’ONU en avril 2020. Dans ce processus d’évaluation, Unia est chargé de rédiger un « rapport parallèle » afin de commenter, corriger ou compléter les informations fournies par la Belgique. Unia se base notamment sur deux grandes consultations qu’il a menées auprès des personnes en situation de handicap et sur les nombreux signalements enregistrés. Le rapport contient 116 constats couvrant tous les aspects de la vie et tous les droits fondamentaux protégés par la Convention. Unia adresse par ailleurs aux autorités belges 82 recommandations afin de rencontrer leurs obligations en faveur d’une société plus inclusive. 

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