Le nombre de signalements de discrimination augmente de plus de 13%

22 Juin 2020
Domaine d'action: Tous les domaines
Critère de discrimination: Tous les critères

En 2019, le nombre de signalements et de dossiers sur la discrimination à Unia a une fois de plus augmenté. "Le nombre de signalements a progressé de 13,2% par rapport à 2018, tandis que le nombre de dossiers ouverts a grimpé de 6,9%. Sur les réseaux sociaux, nous avons constaté que le langage s’est durci, ciblant notamment les personnes en situation de handicap, les musulmans et les réfugiés", déclare Patrick Charlier, directeur d'Unia. "Il y a une normalisation des messages de haine sur les réseaux sociaux et dans la rue."

    Ces tendances sont développées dans le rapport annuel 2019 d'Unia. L'année dernière, Unia a ouvert 2.343 dossiers. Tandis que leur nombre s’élevait à 2.192 en 2018. Au total, 8.478 signalements de discrimination, de messages et de délits de haine ont été enregistrés l'année dernière, contre 7.489 en 2018. En l’espace de cinq ans, le nombre de signalements a presque doublé.  

    Le nombre de signalements de discrimination augmente de plus de 13%

    Un durcissement du langage en ligne et en rue  

    Le durcissement du discours sur les réseaux sociaux et dans la rue est particulièrement frappant. "Après les élections du 26 mai 2019, il n’y a plus eu aucune retenue", dit Patrick Charlier. "Certains ont vu les résultats de ces élections comme le signal qu’ils pouvaient se laisser aller. Le ton du débat social est devenu plus dur, plus brutal, plus agressif."

    Cette tendance semble se poursuivre en 2020. "Récemment, de nombreuses controverses sont apparues à propos du racisme et des actions de la police en Belgique, après la mort tragique de George Floyd aux États-Unis. Cela a été accompagné de nouveaux messages de haine. Heureusement, nous avons également constaté une réaction contraire : un courant d'actions de solidarité de la part de citoyens qui souhaitent que des mesures soient prises contre le racisme structurel."  

    Suite à différents événements d’actualité qui ont provoqué de trop nombreux messages de haine – nous pensons à l'incendie criminel du centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Bilzen ou encore à l’embarcation de migrants qui s’est échoué à la côte belge – la Première ministre, Sophie Wilmès, a relancé une dynamique en vue de l'établissement d'un "plan national d'action contre le racisme". Unia espère que 2020 sera l'année où cette promesse, attendue depuis 2001, pourra se concrétiser.  

    Mais d'autres événements ont marqué l'année écoulée : l'opération de grande envergure des forces de police menée sur des terrains occupés par des gens du voyage, la publication d'un (très attendu) arrêté royal réglementant les actions positives et le procès d'assises et la condamnation des auteurs de l'attentat du Musée juif de Bruxelles.  

    Les critères raciaux toujours en tête  

    Si l'on examine le nombre de dossiers ouverts en 2019, il apparaît que les dossiers fondés sur des critères raciaux restent le groupe le plus important (951). Les dossiers sur le handicap suivent en deuxième position (614). Suivent d'autres catégories importantes tels que les dossiers relatifs aux convictions religieuses et philosophiques (336) et à l'orientation sexuelle (133).  

    Le nombre de signalements de discrimination augmente de plus de 13%

    Le travail d'Unia s'effectue également dans des domaines très divers comme l’emploi (657) le logement, le transport, les produits bancaires et d'assurance (641). C’est dans l’ordre les secteurs dans lesquels nous comptons le plus de dossiers. Cependant aucun domaine n’est exempt de comportements discriminatoires. Nous ouvrons également des dossiers dans le domaine des médias (346), de l'enseignement (308) et de la police/justice (81).  

    En 2019, Unia a trouvé une solution extrajudiciaire pour un tiers des "dossiers fondés", c'est-à-dire grâce à une médiation ou une négociation. Dans dix-huit cas, Unia s’est tourné vers un tribunal. Six des cas portaient sur des messages de haine en ligne.

    Des préoccupations concernant le critère de l’âge   

    143 dossiers se sont rapportés l’année dernière à de la discrimination fondée sur l'âge. "Si nous examinons le domaine de l’emploi, nous constatons que le processus de recrutement entraîne de nombreux problèmes (par exemple, dans la société Skeyes, anciennement Belgocontrol). Les plus concernés par des problèmes de discrimination sont les personnes âgées de 45 à 64 ans. Les jeunes se plaignent plus souvent des difficultés d’accès au logement. Et les personnes âgées sont confrontées au fait qu'elles ne peuvent pas souscrire à une assurance ou doivent payer une prime trop élevée."

    Unia a également été l’année dernière très actif dans le domaine de la prévention. Ainsi, notre institution a redoublé d’efforts pour aider à lutter contre la discrimination sur le marché du travail. Les secteurs ont un rôle essentiel à jouer, et à cet effet, la signature d’un protocole de collaboration avec les employeurs constitue une étape importante. "Notre outil d’apprentissage en ligne eDiv.be a été utilisé par 4.000 nouveaux utilisateurs uniques. On y trouve de nombreuses suggestions à destination des entreprises qui veulent développer une politique de prévention. Et nous avons également réalisé le “quickscan”, un questionnaire permettant à une entreprise d'évaluer sa politique de prévention afin d’ensuite l'améliorer."

    Unia œuvre également à une plus grande inclusivité pour les personnes en situation de handicap. Dans divers avis et rapports, nous expliquons quels sont les obstacles et comment les éliminer.  

    Unia, organe de l’égalité et institution des droits humains  

    Au titre d’institution nationale des droits humains (statut B), Unia a soumis un rapport parallèle à l'ONU sur le respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Dans ce rapport, Unia se concentre sur diverses questions, telles que : l'impact des mesures antiterroristes sur les droits humains, la discrimination et la violence raciste, la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, l'internement et la nécessité de modifier certains articles de la loi.     

    Le rapport annuel 2019 est complété par un rapport chiffres. Des rapports régionaux pour la Flandre (des informations par province) et la Wallonie sont également disponibles.